Lutter contre le politiquement correct en "éduquant"

S’il est bien un fléau dans notre société actuelle contre lequel il devient urgent de lutter, le « politiquement correct » procédé empreint d’éthique et de morale que l’on agite lorsqu’un sujet nous embarrasse doit être de ceux-là. Le bilan des ravages qu’il génère dans notre société (le dramatique attentat qui a coûté la vie à dix-sept citoyens français en est une conséquence directe évidente) risque de s’alourdir sérieusement si nous ne prenons pas rapidement les mesures qui s’imposent. La prise de distance avec les postures hypocrites et lâches ou autres discours démagogiques qui plongent inlassablement nos démocraties dans une posture quasi « anti-démocrate », devient nécessaire au risque de voir la situation se dégrader dangereusement.

Même si cette attitude peut, en atténuant excessivement des formulations qui pourraient choquer, apparaître comme un « liant social », il n’est pas inintéressant de rappeler la définition de l'historien américain Jacques Barzun, pour qui « le politiquement correct ne proclame pas la tolérance ; il ne fait qu'organiser la haine». En ne se faisant le porte-parole que de minorités très actives, il divise et ne fait qu’entretenir des foyers des tensions provoqués par une véritable censure intellectuelle (dictée par des Bobos bien pensants) qui rend impossible l’expression sur des sujets « jugés » inconvenants. Or, un peuple doit pouvoir s’exprimer, et c’est en cela même que l’on reconnaît un citoyen : son droit de parole au sein de l’agora.

 

Le monde de l’entreprise est également concerné par ce phénomène. Dans cet univers, le « politiquement correct » a indéniablement une responsabilité majeure dans l’étiolement de l’autorité, et cela est grave car cela revient à admettre que plus personne n’est l’ « auteur » ou « n’autorise » de quoi que ce soit. Comment une société peut-elle fonctionner ainsi, sans règles, sans cadres qui ne soient respectées? Là encore, nous trouverons l’explication dans le manque de courage managérial pour celles et ceux qui se cachent derrière ce concept obscur et fumeux, mais surtout, pour d’autres, dans la crainte « d’être jugés », car le « politiquement correct » opère avec des procédés proches de ceux utilisés par l’Inquisition en d’autres temps, c’est à dire, essentiellement à charge. 

 

En réalité, le règne du « politiquement correct » fragilise significativement l’avenir et la pérennité de nos organisations. Il cache une forme d’irrespect voire de mépris, à commencer de la part des « Bobos » à l’égard des jeunes générations (Y et Z). Cette bienveillance « paternaliste » et condescendante n’a pour effet que de provoquer méfiance et défiance, sentiments qui vont à l’encontre de la confiance, alors source de créativité et de valeur.

 

C’est pourquoi, afin de (re)tisser des liens de confiance, essentiels à la survie « sociale » de l’entreprise, il est désormais nécessaire que nous acceptions quelque évolution de notre mission. Nous devons maintenant prendre conscience que nous avons, malgré nous, une responsabilité « éducative » qui dépasse les aspects techniques, outre nos fonctions managériales. L’abandon successif de toute forme d’autorité par l’Etat, l’Ecole et les Parents nous invite à doter celles et ceux qui nous suivent des moyens nécessaires à leur construction, et en les amenant à s’ « ex-ducerer », à « sortir d’un cadre qui doit être fixé et surtout respecté ». Ainsi, après avoir transgressé, ils seront en mesure de revenir en hommes et femmes libres au sens gidien du terme, en s’étant approprié l’histoire et en apportant leur contribution dans une continuité nécessaire. Néanmoins, comme aime à le rappeler le Professeur Luc Boyer, « il ne peut y avoir continuité sans rupture », alors, profitons de cette crise pour avancer car le futur s’écrit maintenant, sans mensonges, ni euphémismes, périphrases, ou circonlocutions, n’en déplaise à certains.

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Commentaires : 4
  • #1

    pascal (dimanche, 08 mars 2015 11:43)

    Remarquable.... oser parler du politiquement correct est déjà politiquement incorrect, tant les "normes" qui sont imposées par les "chiens de garde" de tous bords s'inscrivent dans notre inconscient culturel.. Bravo d'avoir le courage de braver les interdits..

  • #2

    jacques Cubaynes (dimanche, 08 mars 2015 14:30)

    Cadre sup pendant 20 ans, formateur, Auditeur de la 166ème, je partage tout à fait ces propos...Notre classe dirigeante, essentiellement d'origine soixante-huitarde, a torpillé toute forme d'autorité et de courage décisionnel...et pénalisé l'expression des citoyens en désaccord avec ses visions. Il relève désormais du délit d'exprimer des opinions ou des avis sur des sujets que l'on ne veut pas aborder depuis + de 30 ans....Bravo de le dire!

  • #3

    delaye (dimanche, 08 mars 2015 15:31)

    En réalité, je ne brave rien, je constate seulement que les étudiants sont perdus et en totale rupture de confiance. Cela n'est pas arrivé tout seul....

  • #4

    Edwige Le Henaff (dimanche, 08 mars 2015 23:47)

    Las, pas seulement les étudiants ! Selon les sources, 60 à 80% de nos concitoyens. Sous couvert du politiquement correct, on ne s'autorise plus à penser, à analyser et s'exprimer. Malaise et mal être s'installent insidieusement. Il est urgent de prendre du recul, pour mieux se lancer, à nouveau s'exprimer et agir.